Lundi 10 octobre 2011 1 10 /10 /Oct /2011 22:40

"Le Terrier"

 

(Nouvelle du recueil : "Nouvelles ajournées")

 

La radio déréglée criait "Comme d'habitude" ou "My way" in French tandis que quelqu'un frappait à la porte pour changer...

 

Ils ne bougèrent pas..."Fallait pas pousser quand même, venir frapper sans même les avoir avertis par téléphone juste avant, voire la veille ni avoir confirmé par mail et pourquoi pas dans leur facebook cloisonné ! Non mais"...

 

Lui, affalé devant l'écran de l'ordinateur, une main molle posée sur la souris, faisait "comme d'habitude" de l'espionite dans le facebook des autres, en cliquant tous les deux  minutes chez Msieur Google, juste comme ça, pour voir, pour voir !

 

Elle, s'était levée, près de l'évier et marmonnait : "faut pas pousser, fallait prévenir" !

 

Les plantes non entretenues et les mauvaises herbes faisant office de rideaux naturels, elle dut se poser sur le pied droit et lever le menton pour entrevoir...la barrière.

 

La barrière !

 

Chez cez gens-là : histoire de barrières, faux-semblant, miroirs déformés, coeurs secs comme la chaussette aux écus usée près de la cheminée : celle de l'ancêtre...Barrière ! Passe-droit : être de la famille ou du clan. Et un clan ne s'ouvre pas comme ça (faut pas pousser) !

 

Cette barrière-là, plus ancienne que l'autre, sur le côté, ne s'ouvrait que de l'intérieur car déjà les ancêtres ne recevaient pas si facilement.

  

Barrière solide et renforcée par l'héréditaire bétonnement des souffles râlés sur autrui "pas de la famille" !

 

  La famille-clan !

Pourtant ce ne fut pas faute d'avoir entendu : "il faut s'aimer les uns les autres"..."Aime ton prochain comme toi-même", donc sans doute qu'ils ne s'aiment pas ces deux-là et surtout "elle"...

L'intérieur ressemble à celui de certain catholiques intégristes désignant clairement que les prières, la foi et l'ordre de Dieu l'emportaient sur le ménage, rangements et par conséquent désodre de "l'intérieur".. Cependant ces deux êtres-là semblaient avoir passé au travers des mailles du filet à "bondieuseries", tissées par la tantine aînée : celle trônant telle la châtelaine du village dans une demeure familiale bâtie par la chaussette sèche du pauv'petit paysant si économe...Un faux royaume pour sa vie à paraître...

Paraître et régner à la paroisse because elle joue de l'harmonium pour...pourquoi au juste ?...pour le goût de la musique et des cantiques faux cantiques, par dévotion à qui et pour qui ? Encore une histoire de trône pour "paraître socialement surélevé" dans cette partie-là de la famille si...paysannement "clergé et état"...

 

Bref, en tous les cas, elle, la propriétaire à la radio déréglée devait certainement être une rebelle : pas de messes, pas de cantiques, pas de prières, pas de dévotions, pas de pains bénis et encore moins de "tartines pour les malheureux"...Faut pas pousser !

 

Car : si sa tante aime trôner au-dessus du village et au-dessus des ouailles, ellen en tout cas, aime sa tranquillité sans étranger ! Pire : sans étranger à la famille! Non mais...

 

Quand la sonnette retentit dans la cuisine, elle venait de terminer le cubis de rosé (économie oblige et tant pis pour le palais). Tapie près de la fenêtre et lui devant son écran, elle se sentait forte et sûre d'elle. Seuls dans leur terrier ouvert aux seuls membres du clan et encore !...: à jours convenus et heures convenables (et bien des autres ne le sont pas). Convenus, convenables, déconvenues, inconcevables...

 

Mais comment "diable" avait fait l'ancêtre pour mettre autant d'écus de pauvres paysans dans la chaussette ne cessait-elle de se ressasser ? La vie n'est plus la même..."On" est revenus dans notre région pour être tranquilles. A Paname, on était envahis de sales étrangers et à la campagne "on" sonne à notre porte comme ça !...Non mais ! Je n'ouvrirai pas !...

 

...............

 

La radio déréglée  avait jeté son derner "way" in french dans le texte quand elle se décida à ouvrir la fenêtre en jetant son mégot dans l'évier.

 

Les dents serrées elle murmura à son "papa" comme elle le nommait aux autres, c'està-dire aux leurs, aux siens :

 

- "cette fois, je ne la raterai pas, elle !. Je te jure que ce sera la dernière fois qu'elle piétinera mes plate-bandes" !

 

- "Comme tu veux "maman"...Moi je finis de "zyeuter".

 

- "Ben t'en es où ?"

- "A la page de l'autre là, tu sais : la râclure"

- "Oui mais laquelle "?

- "T'occupe, "Maman" et redonne-moi un coup de rosé".

 

La fenêtre grinça en diapason avec la radio sur un air des années 60.

 

"Non mais : on n'a pas quitté Paname pour être emmerdés à la campagne ! En plus "chez nous, dans la maison de l'aïeul ! Déjà qu'on a dû ruser pour en avoir un morceau" !

 

- "Que dis-tu "maman" ?

 

- "Rien, rien"...

- Quand on pense que personne ne savait que Marc et Blanche aimaient boire un coup de trop ! Il a fallu que la mère Huel en parle au bedeau dimanche dernier ! Pire : il était même au courant qu'on trinquait tous les soirs avec Jean-Marie !..déjà qu'il ne devrait pas picoler du tout ! Pas envie d'avoir des ennuis...

 

- "Ne t'inquiète pas "maman" : j'en fais mon affaire et je te jure que la famille peut dormir sur ses deux oreilles, enfin quand je dis deux..."

 

 

 

(à suivre...)

 

 

Jocelyne Quénon

 

 

 

Par Jocelyne Quénon - Communauté : Revue poésie et nouvelles
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